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Sciences de la Vie et de la Terre

COVID-19 : une raison d'une mortalité si élevée

Par DANIEL PIQUET, publié le lundi 30 mars 2020 21:22 - Mis à jour le lundi 30 mars 2020 21:22
radiopathie d'un patient atteint d'ARDS
Le COVID-19 déclenche une réaction immunitaire violente et disproportionnée responsable d'une détresse respiratoire aiguë, souvent mortelle.

D’après la revue prestigieuse « The Lancet * », la mortalité due au COVID-19 était comprise entre 3 et 7 % au 12 mars 2020, bien supérieure aux 0,5 à 1 % généralement admis. La sous-estimation du nombre de personnes touchées, qui augmente mathématiquement la mortalité n’explique pas tout.

 

Une grande partie des personnes gravement atteintes aurait succombé à un «tempête de cytokines ».

Il s’agit d’une réaction immunitaire excessive qui entraîne un syndrome de détresse respiratoire aiguë (ARDS pour acute respiratory distress syndrome).

Les cytokines (de cyto = cellule et kine = mouvement) sont des molécules sécrétées par le système immunitaire (entre-autres) qui permettent une communication à distance et une modification du fonctionnement des cellules cibles. On pourrait les comparer à des hormones au niveau cellulaire (les hormones agissent au niveau des organes).

Dans une tempête de cytokines, de nombreuses cytokines sont libérées, dont certaines déclenchent le processus d’inflammation.

L’inflammation est un processus de défense immunitaire non spécifique qui se traduit par un oedème, région du corps qui gonfle, devient rouge, chaude et douloureuse. Dans ce cas, la réaction est disproportionnée, un peu comme dans une réaction allergique.

 

Le COVID-19 a pour cible principale les poumons et c’est là que la réaction inflammatoire va avoir lieu avec afflux de globules blancs et dépôt progressif de collagène qui obstrue progressivement les poumons (fibrose) provoque ainsi le syndrome de détresse respiratoire aiguë. Il est alors nécessaire de mettre les patients sous respirateur artificiel.

 

L'illustration représente une radiographie d’un patient atteint d’ ARDS ; les étendues blanchâtres correspondent à des zones opacifiées par la fibrose ; normalement, le poumon contient beaucoup d’air, qui apparaît sombre car l’air laisse passer les rayons X).

https://en.wikipedia.org/wiki/Acute_respiratory_distress_syndrome

 

La bonne nouvelle est que l’on dispose de traitements contre l’ARDS lesquels sont totalement contre-intuitifs : des anti-inflammatoires !

 

Le plus prometteur bloque l’action de l’Interleukine 6 : le Tocilizumab est un immunodépresseur donné dans les cas de maladies auto-immunes (dans lesquelles le système immunitaire se met à détruire certains types de cellules de l’individu : diabète de type 1, Lupus, maladie de Crohn…).

Des études cliniques prometteuses ont eu lieu en Chine.

 

Le problème est que le processus inflammatoire est indispensable durant la première phase de l’infection, et donc il faudrait stimuler la réaction immunitaire, puis, très rapidement, il conviendrait de faire l’inverse et de la diminuer.

 

Tout ceci nous montre la nécessité d’une recherche fondamentale découplée des intérêts à court terme ** et de revoir la gestion à l’économie de l’hôpital qui ne lui permet pas de résister à la tempête ; le cas est catastrophique en Italie où des patients meurent de ne pas avoir eu accès aux soins, faute de lits dont le nombre a été réduit drastiquement au nom d’une saine gestion de la santé...

 

 

* https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2820%2930628-0/fulltext

 

voir aussi, en français :

https://www.lanutrition.fr/covid-19-quest-ce-quun-orage-de-cytokines-et-pourquoi-est-ce-une-question-de-vie-ou-de-mort-pour-les

 

** il n’y avait quasiment aucun financement public ou privé pour l’étude des coronavirus jusqu’en 2020, malgré le SRAS qui a fait 800 morts en 2003 ; Un directeur de recherche au CNRS d’Aix-Marseille raconte qu’à l’époque, un crédit de 100 Millions d’euros avait été débloqué pour trouver un vaccin contre les coronavirus, projet bloqué quelques mois plus tard et que ses demandes de crédits de recherche sur la reproduction des coronavirus ont été bloquées 4 fois de 2016 à 2018-(Le Canard Enchainé du 25/03/2020).