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Sciences de la Vie et de la Terre

Covid-19 : l'intérêt "d'écraser la courbe"

Par DANIEL PIQUET, publié le mercredi 18 mars 2020 17:11 - Mis à jour le mercredi 18 mars 2020 17:11
Influence des mesures de confinement.
Les mesures de confinement actuelles visent à éviter de saturer les urgences médicales en réduisant la vitesse de propagation du virus.

Le covid-19 est un virus assez contaminant (en moyenne, un malade contamine 3 personnes) et assez peu dangereux (mortalité de 1 % si les malades sont pris en charge).

 

Contrairement à une idée répandue, l’objet du confinement n’est pas d’empêcher la propagation du virus ; cette bataille est déjà perdue ! Les premières mesures de contrôle des populations partaient de l’hypothèse que les personnes atteintes présentaient toutes de la température, toussaient etc. On sait maintenant que c’est faux, que certains malades ne présentent aucun symptôme et ont pu, en toute bonne foi, franchir les contrôles et disséminer le virus.

 

L’objectif du confinement est « d’écraser la courbe » du nombre de cas de personnes atteintes.

 

Sur le graphique présenté, la courbe orange représente la capacité de soigner les malades (places en réanimation, protocole de prise en charge des malades, équipements de protection – masques, gel hydroalcoolique…) Au début, cette capacité diminue car les malades sont mal pris en charge, des soignants sont contaminés puis, la réaction se met en place, les patients n’attendent plus aux urgences mais sont pris en charge à part, on déprogramme des interventions non urgentes pour libérer un maximum de lits de réanimation etc. On arrive finalement à un optimum d’efficacité (la partie horizontale de la courbe).

 

Que se passe-t-il, si on ne fait rien ? c’est la courbe en violet. Le nombre de personnes atteintes croît de façon exponentielle (1 malade en contaminent 3 qui en contaminent 9 qui en contaminent 27, 81, 243 puis 729, 2187 , 6567 etc. )* tout ce qui est au-dessus de la courbe orange représente des malades QUI NE POURRONT PAS ÊTRE SOIGNÉS, faute de place. C’est ce qui se passe en Italie actuellement ou les médecins « trient » les malades qui auront accès à un lit de réanimation et ceux que l’on va laisser mourir. Je doute que l’on puisse dormir sereinement quand on prend ce genre de décision !

 

L’objectif du confinement est de ralentir la vitesse de contamination ; si un malade ne contamine que moins d’un seul individu, le nombre de cas va croître beaucoup plus lentement (1, 2, 3, 4…) avec la possibilité que les cas graves ne soient jamais plus nombreux que le nombre de lits de réanimation (courbe orange).

Par contre, l’épidémie durera plus longtemps. On estime en effet, qu’une épidémie s’arrête quand 75 % de la population a été au contact de l’agent pathogène et se trouve immunisée.

 

On estime qu’environ 20% des cas nécessitent une hospitalisation, 5% des cas nécessitent l’unité de soins intensifs (ICU) et environ 2,5% nécessitent une aide très intensive, avec des machines comme des respirateurs ou l’ECMO (oxygénation extra-corporelle).

 

Le taux de létalité pourrait varier de 4 % (si on ne réagit pas) à 0,5 % si le système de santé n’est pas saturé.

L’avenir dira si les mesures de confinement ont été prises à temps, si notre système de santé est suffisamment bien dimensionné (nous fêtons aujourd’hui un an de grève des personnels hospitaliers qui demandaient plus de lits et plus de soignants) et si ces mesures auront été efficaces. En effet, certains pays (la Hollande , l’Angleterre) n’ont pour l’instant pas pris de mesures de confinement total et prennent le risque d’une explosion du nombre de malades mais espèrent peut-être sortir plus vite de la crise au prix de quelques milliers de morts. D’autres pays, comme Taiwan et le Japon ont réussi leur stratégie d’endiguement (identification des premiers malades et recherche des personnes qui ont été à leur contact puis placement en quarantaine de tous et personnel médical très rapidement équipé et protégé). C’est ce qui a été réussi au Grand-Bornand en France mais à échoué avec le rassemblement évangélique de Mulhouse, entre-autres.

 

Daniel PIQUET

Professeur SVT

 

 

 

* ce n’est qu’une moyenne : le patient « 31 » en Corée du Sud a contaminé à elle-seule plusieurs milliers de personnes !! (https://graphics.reuters.com/CHINA-HEALTH-SOUTHKOREA-CLUSTERS/0100B5G33SB/index.html)

 

 

Pour en savoir plus : https://medium.com/tomas-pueyo/coronavirus-agissez-aujourdhui-2bd1dc7838f6 ( Article d’un ancien de Stanford, très relayé dans le milieu scientifique)

https://www.youtube.com/watch?v=dp1thcnPbiM Vidéo du site e-penser, très bonne vulgarisation scientifique.